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Aujourd’hui, je me confie…

La vie n’est malheureusement pas un long fleuve tranquille et parfois l’être humain, tout à coup, peut se remettre en question au point de délaisser son propre corps, au point de vouloir s’en échapper, se l’arracher ou commettre l’irréparable. Il y a des moments dans notre vie où tout ne tourne plus rond. La personne la plus heureuse du monde peut être, en un claquement de doigt, la plus malheureuse. Je me suis retrouvée au fond du gouffre pour des raisons que beaucoup ne peuvent comprendre. La psyché a ses défaillances, la psychologie est trop complexe pour parfois être compréhensible, même par son propre propriétaire.

Un mal-être profond m’a accablé en janvier 2016. Un mal-être qui était enfouis en moi depuis petite et que des personnes mal-attentionnées ont commencé à réveiller en 2011. Ma classe de 1er Littéraire. Je pensais que les choses allaient bien se passer. Je pensais qu’après la Seconde j’allais m’en sortir comme tout le monde. J’étais souriante. Je venais de me mettre avec mon petit-ami avec qui je suis toujours aujourd’hui, puis ce fut le jour de la rentrée. Quelque chose s’est installée, s’est insinué dans mon environnement. Je ne me sentais pas à l’aise dans ma classe de Littéraires alors que nous n’étions que 7 et encore mois avec la classe de ES dans laquelle nous suivions les cours. Personne ne me parlait vraiment, j’étais constamment seule et j’avais l’impression d’être rejetée de tous. Je me disais « tant pis », mais bon apparemment mes camarades de classes se sont dit que j’avais quelque chose qui les gênait, qui ne leur convenait pas.

J’étais trop ronde pour eux, peut-être trop proches de mes professeurs de français, pas assez populaire… que sais-je ? Ils ont décidé de m’attaquer sur un sujet qu’ils savaient sensible pour moi : mon physique. J’ai toujours été la grosse de la classe, celle qui a une trop forte poitrine pour être normale, celle qu’on doit repousser. Je n’ai jamais aimé mon corps, mais le fait de m’avoir balancé ces défauts que je répugnais m’a totalement bouleversé. Les appels, les messages vocaux et les SMS, les gens sont trop lâches pour dire de vive voix les choses, mais lorsqu’ils sont en groupe en train de s’amuser, il y en a un qui se dit le plus innocemment du monde : « tiens, si on l’insultait, la grosse, pour s’amuser ? ». J’ai eu des messages de tout genre mais un seul et unique m’a perturbé. Une phrase qui résonne encore dans ma tête même après que les années aient passée.

« Tu es tellement grosse que tu ne pourrais pas te pendre, la corde lâcherait »

Et d’autres phrase attaquant mon couple, affirmant que l’acte intime ne m’était pas permis, que j’étais trop laide pour qu’on m’aime, trop grosse pour qu’on puisse avoir le moindre sentiment à mon égard. Je n’ai jamais eu confiance en moi, juste assez de conviction pour ne serait-ce que percevoir un semblant de talent dans l’écriture, une infime possibilité d’être un jour publiée. Je m’étais accrochée à cela comme à une bouée, mais ils sont parvenus à détruire le peu de confiance, si on pouvait encore appeler ça comme ça. Avec la seule force des mots.

Les mots sont plus tranchants que des poignards. Les mots peuvent manipuler les esprits. Ils ont su manipuler le mien au point de me persuader qu’ils avaient raison, que je ne méritais pas de vivre comme j’étais, car j’étais trop grosse, parce que je n’étais pas comme les autres. Je ne plus su parvenir ni à écrire, ni à lire cette année-là. Mes notes ont chuté et je suis tombée dans le gouffre. J’ai pensé que le suicide était une bonne solitude. Je me suis renfermée sur moi-même, j’ai tu ma situation, je n’ai rien dit à personne alors que je n’étais pas capable d’encaisser cette situation. J’avais peur de demander de l’aide, j’avais peur des représailles et je ne détenais pas les mots pour me défendre contre ça. Finalement, ce tout ce qu’ils m’ont dit n’était que le piètre reflet de ce que je pensais tout bas de moi-même. J’ai bien failli ne plus être là. Sa présence à mes côtés n’avait pas suffi à ne pas penser à commettre l’irréparable. A plusieurs reprise l’idée m’a traversé, les gestes ont débuté mais sans suite. Ma passion de l’écriture, les amis que j’avais, mon petit-ami, ma famille, cet espoir maigre de réaliser mes rêves, cela m’a empêché de disparaître. Le harcèlement ne se faisait pas tout les jours, simplement de temps en temps, mais l’atmosphère dans me classe, tout cela a créé une espèce de psychose, je ne sais comment appeler cela autrement. Une psychose. Chaque regard était un attaque, était une haine, était un reproche. C’était voulu. C’était cherché. Les gens voulaient juste « s’amuser ». Des élèves d’autres lycées de ma ville m’ont également attaqué de cette même lâcheté qu’offrent les supports de communication. J’ai fini par craquer auprès de ma mère et j’ai arrêté d’aller en cours durant les dernières semaines, les deux derniers mois de lycée, je ne sais plus trop.

Mes profs ont été avertis, il le fallait bien. J’ai voulu faire quelque chose, mais apparemment même les directrices d’école ne font rien pour aider ceux qui sont dans la détresse. J’ai passé mes épreuves de fin de Première, j’ai réussi à avoir la moyenne pour passer en Terminale puis j’ai décidé de quitter Nancy pour une école dans laquelle il me fallait prendre le train à 6h30 tous les matins. Mais c’était le prix pour le repos moral et une certaine liberté. J’ai loupé ma première année de Terminale parce que moralement j’ai eu beaucoup de mal à me remettre de tout cela, mais l’année suivante j’ai su obtenir mon bac convenablement. Mes proches n’ont appris mes tentatives de suicide que récemment. Les mots n’ont su traverser mes lèvres que ces deux dernières années.

Mais les mots laissent des traces. Je ne me suis jamais remise de cet épisode de ma vie. On m’a appris à me haïr, à haïr la personne que j’étais et le corps qu’on m’avait offert à ma conception. J’ai voulu mincir, sans succès. J’étais une personne bonne vivante et heureuse mais, quelque chose s’est produit.

La vie de famille n’est pas ce que l’on pense. Tout ne se passe pas comme prévu. Je pensais pouvoir passer outre, mais les choses en ont décidé autrement. J’avais des envies de vomir après chaque repas à partir du milieu de l’année 2015. J’ai essayé, sans succès, la nourriture refusant de sortir, mais je savais que si un jour la possibilité s’offrait à moi, je vomirais mes repas. Une manière de penser très étrange s’est développée, je l’ai tu à mon entourage et j’ai continué ma vie. Mais il a fallu qu’au cours de ce mois de Janvier 2016, mon père, alors déjà séparé de ma mère, décide de couper tout contact, décide de nous considérer pour morts en espérant qu’on en fasse de même. J’ai déraillé. Totalement.

La dépression est une maladie psychosomatique due à un dérèglement de l’humeur. L’humeur se définit comme la disposition affective et émotionnelle qui conditionne la manière dont nous ressentons les événements qui normalement engendrent de la joie ou de la tristesse.

Janvier, mois où j’ai découvert la discipline qu’est la Pole Dance. S’en est suivi après cette situation familiale qui peut arriver, mais qui est désastreuse, le début d’un cercle vicieux. Un descende dans des limbes infernaux de douleurs, de mal-être intenses et d’angoisses. J’ai perdu l’appétit. J’ai passé une semaine à ne manger que des poireaux cuits à l’huile d’olive puis la semaine suivant, je ne mangeais, par jour, qu’une banane et une barre énergétique pour tenir les 6 à 8 heures de sport que je m’imposais. En deux semaines j’ai perdu mes 4 premiers kilos, cela m’a plus. Le monde dans lequel pousse la dépression est un monde duquel on a ensuite du mal à s’en sortir. J’ai plongé dedans tête la première. Lorsque j’ai voulu remanger, mon estomac n’acceptait plus rien et me provoquait d’horribles douleurs abdominales qui m’ont poussé à venir mes repas, peu importe ce que c’était. J’avais banni des aliments de mon alimentation ; les féculents, la viande, ne me laissant que la salade, les légumes et quelques fruits. Je refusais toute source de sucre raffiné, tout produit industriel, toute source grasse. Et je vomissais ces plats car leur poids, même maigre, était encore trop lourd pour moi. Et chaque jour de jeûne finirent à devenir des jours de satisfaction. Chaque kilo perdu de cette manière était un bonheur.

Je pensais que ces douleurs étaient physiques. J’étais persuadé que j’avais juste un petit problème qu’il fallait trouver pour que ça s’arrête. Une part de moi voulait que ça s’arrête, l’autre voulait aller plus loin, bien plus loin… Les malaises, les chutes de tension, les vertiges, le teint blanc, la fatigue, mon incapacité à sourire. J’étais satisfaite de m’amaigrir, de passer sous cette foutue barre des 60 kilos pour 1m57, puis j’ai atteint 56 kilos. Mais j’étais encore trop grosse pour moi.

Mon médecin a fini par demander à ce qu’on me fasse une gastroscopie qui s’est faite avec une coloscopie après passage chez le médecin de l’hôpital. Rien. Rien n’a était décelé. C’était psychologique. Mon médecin traitant à mis les mots sur ce qui m’arrivait : l’anorexie mentale. La dépression peut pousser à cela et c’est ce qu’elle a fait. La sous-alimentation et l’organisme qui se met en état de famine, mangeant le gras qu’il reste, puisant dans les dernières forces. Passer plusieurs jours sans manger, juste à dormir, c’est difficile à contempler. Quand votre amie ne tient plus debout, ne sourit plus, et dors pour s’empêcher de manger, c’est horrible. J’ai imposé cela à ma famille, à l’amour de ma vie et à mes amis. J’ai échoué dans la pole dance malgré mes efforts car mon corps n’avait pas la force. J’ai cessé d’évoluer dans cette discipline qui était devenue une passion.

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire essentiellement féminin, qui entraîne une privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’anorexie est très souvent associée à des troubles psychologiques.

Je n’ai plus aucune confiance en moi, mon poids est descendu jusque 47 kilos pour 1m57 en huit mois. En janvier, j’avais débuté l’année avec un poids de 64/65 kilos. Contre l’anorexie mentale il y a finalement peu d’aides, les rendez-vous chez des psychiatres spécialisés sont longs (au moins 6 mois d’attente) et les hôpitaux ne prennent en charge que quand la vie est menacée. Lors de mon rendez-vous, mon poids était monté de 47 à 52 kilos en quelques jours à cause de la prise de mon premier antidépresseur contre la dépression. Ils ont jugé par ce poids et je n’ai pas eu d’aide à proprement dite, juste un autre rendez-vous 4 mois plus tard, qui se déroulera le 27 Février 2017. J’ai arrêté mon premier antidépresseur et l’ait changé contre un autre qui aide contre mes crises de boulimie qui se sont déclarées à partir de Septembre 2016. Des crises qui épuisent le corps terriblement. Je n’ai qu’un psychiatre spécialisé dans la dépression pour m’aider. Il n’a aucune spécialité, mais il essaye, et je me sens bien avec lui. Néanmoins, je demeure seule contre la maladie et mes angoisses quand je prépare mes repas, me remettant toujours en question quant aux aliments choisis et aux quantités.

Boulimie. Trouble du comportement alimentaire caractérisé par un besoin incontrôlable d’absorber de la nourriture en grande quantité chez un sujet. Désir ardent et répétitif d’obtenir ou de faire quelque chose ; fringale, frénésie.

Je commence aujourd’hui à m’en sortir. Je mange plus qu’avant, malgré la présence de privation, malgré les crises et la dépression. En début d’année, j’ai loupé trois mois de faculté à cause de ça, j’ai fait en sorte que ça ne recommence pas pour le premier semestre de ma seconde année de licence. J’ai eu de très nombreuses absences cependant, beaucoup de retard à rattraper ainsi que beaucoup de peine durant les premiers partiels. J’espère pouvoir m’en tirer de justesse et débuter le second semestre sans le moral dans le fond de mes chaussures.

Aujourd’hui, je tourne autour d’un poids environnant les 49, 50 voire 51 kilos pour le plus haut, mais je ne me le permets que rarement. Aujourd’hui, je ne me pèse plus. Je me suis mise à la musculation et j’ai pris de la masse musculaire, mais ça ne me suffit toujours pas. La mentalité de l’anorexie est toujours là. Moins je mange, mieux je me porte et cela passe également par le choix sélectif dans mon alimentation. Fini le beurre, fini, l’huile de tournesol, fini les produits industriels. Le moindre gâteau que j’avale, je le vomis. Si je juge que ce que j’ai mange est trop gras (il peut ne pas l’être en réalité) et jugé trop important par sa quantité, je le recrache. Je suis encore loin d’en avoir terminé avec cette maladie. Mais j’essaie. J’ai l’espoir que ceci soit un jour derrière moi tout en ayant un corps qui me plait. Je ne sais où ça va m’emmener, mais la musculation m’aide à me modifier, à tenter de gratter un peu de confiance, un peu d’amour pour mon corps.

Ça commence, mais ce n’est pas encore ça. Et encore ! Cela dépend des jours. Passer du rire aux larmes, ça me connait. Un bourrelet, un peu de peau qui dépasse et c’est les larmes. Je réfute la graisse. Je n’arrive pas à me dire que la graisse n’en est pas toujours et que ce qui peut paraître être de la graisse n’est que la peau. J’essaie de me répéter cela pour ne pas tomber véritablement dans le néant qu’est l’anorexie pure et simple, lorsque les os remplacent la peau et deviennent bien plus visibles que notre sourire.

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Affirmer à nos proches, enfants ou non, déjà harcelés ou pouvant l’être qu’il faut le dire quand ce genre de situation leur arrive, c’est bien, mais il faut prendre en compte que ce n’est pas facile. Beaucoup ne le font pas car finissent par croire eux-mêmes ce qu’on leur a rabâché, parce que la peur tétanise ou parce que le futur les terrifie. C’est à nous d’être présent et de voir si les choses vont mal. D’être assez attentifs pour cela. Surtout, il faut inculquer aux générations qui nous succèdent que s’amuser par la moquerie d’un être vivant et sensible est un mal.

« Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse »

Je le répète souvent à ma petite sœur et aux enfants avec qui il peut m’arriver de discuter. Les mots sont des armes. Le psychologique est aussi destructible que le corps. Les mots peuvent tuer.

Les mots ont failli m’avoir, mais ils ont su emporter des petits êtres qui n’ont jamais voulu qu’on les prenne pour cible, qui avaient un avenir grandiose. Cela m’émue terriblement parce que je me retrouve à travers chacun de ces enfants. «  J’ai failli être comme toi, morte, parce que j’ai trouvé la force de m’arrêter ». Je le pense à chacun de ces reportages, de ces livres sur ces pauvres enfants, adolescents poussés au suicide.

Je vais m’en sortir. J’ai la volonté et j’essaie de puiser la force nécessaire, dans l’amour de mes proches, de mon entourage, des conseils d’autrui dans la même situation ou l’ayant était et s’en étant sorties. Chaque être est différent, mais nous avons tous le droit à la vie, à l’amour et surtout, au respect.

Je veux être heureuse, je veux être là pour ma famille et mes amis, je veux réaliser mes projets et me sentir en harmonie avec moi-même aussi bien physiquement que mentalement. J’ai des projets ambitieux, des projets de famille mais également des rêves de quand j’étais petite.

Je dis aujourd’hui OUI à la vie malgré à la mérite d’être vécue et parce que j’ai la volonté de montrer au monde la femme que je suis vraiment.

Je vous embrasse.

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